Archive for February, 2007

metro

Hagard il est calé dans son strapontin comme si le poids du monde s'était abattu sur lui. Son visage se crispe, puis esquisse un air inquiet, que dis-je un air inquiétant. D'un coup d'un seul il sort, sans le brandir, un livre intitulé "réussir son couple". Il s'empresse d'occulter le titre aux regards indiscrets. L'espace d'un instant, je trouve cette démarche un peu tristouille, puis je me ravise en me disant qu'après tout si ça le pousse à baisser la garde. C'est vrai que jusqu'ici je n'ai pas décrit la tête du prévenu. Notre gars a dû souffler quelques bougies de plus que moi et dégage autant de sympathie qu'un boxeur avant une finale.

Mon regard plonge désormais au creux de deux charmantes épaules délicieusement asymétriques. Après avoir râlé de ne pas avoir mon appareil photo je remarque que les deux amies semblent plongées dans un article sur l'amour, la vie.. En une phrase les mecs comment ça marche ? Ouais c'est vrai ça ces salauds de mecs : "Comment faut-il les mater ?". Je m'amuse du double-sens.

Je suis à deux pas du boulot et le temps s'arrête pour les deux petits vieux que je croise parfois le matin. Comme sur deux arbres vénérables leurs rides sont preuves de maintes années passées à répéter la scène présente. Il s'embrassent avec grâce et ma foi le plus simplement du monde.

Quand je pense à l'insupportable vulgarité des baisers dégoulinants du genre "hey regardez nous on  s'aime même dans la rue" que la parano du célibataire moyen s'empresse de compléter par "ah et toi t'en es où ?"… je me dis que tous les bouquins du monde ne servent pas à grand chose sur le sujet. La seule conclusion que je tire de ces scènettes et de ma petite expérience c'est qu'il n'y a pas de règle en amour.

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Nosfell fuckin’ FELT !#!@

Tassé au fond de mon lit par une fatigue solidement installée en trois semaines de n’importe quoi, je fixe les volutes du plafond l’esprit ailleurs. La soirée fût bonne. Que dis-je excellente. L’anniversaire de E. était ma foi très sympa, mais ce qui me colle aux cieux à cette heure de la nuit n’est autre que le souvenir encore chaud du Bataclan.

Après une première partie tragiquement douloureuse infligée par kater katel… -peu importe ma mémoire refuse déjà de se souvenir de son nom c’est dire- installés confortablement dans nos sièges J. et moi-même sommes prêts. Petite parenthèse, comme à chaque fois que je vante les mérites d’un concert, je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire : et si le son était pourri, et si ça ne lui plaisait pas, et si une bombe explosait sur scène, et si la fin du monde arrivait, et si… C’est alors que je me glisse un petit : mais tu vas la fermer oui ?!

Le concert se met en place tout doucement. Première bonne nouvelle le son est à mon goût, et chose rare de nos jours : pas trop fort. Au bout de quelques phrases musicales les frissons se font légions font la navette le long de ma colonne. De mémoire certains mots, dignes d’un nombre tout à fait extraordinaire de points classes, fusent dans ma tête. Merde à la fin, ils devraient mettre des pancartes attention concert dangereux pour votre ipod. Le palpitant régi par une effrayante arythmie je ne suis plus soumis au temps : je prends mon pied purement et simplement.

Pour ceux qui ne connaissent pas Nosfell, il s’agit d’un genre un peu inclassable. Tout d’abord dans plusieurs langues : français, anglais et le très connu kloklobetz  (langue inventée contenant toute une panoplie de phonèmes). A moitié barré, techniquement incroyable mais discret et sensible. Le mélange des styles et des instruments est vraiment sidérant. La voix du chanteur est un instrument à part entière : beatbox complexes callés en un essai, passage de voix pleines très mâles à une voix de tête sortie de nulle part et bien sûr les délires bruitistes divers et variés. Ces derniers m’ont fait penser à une espèce de Mike Patton new génération. La moitié restante de ce duo n’est pas pour autant en marge. A elle seule elle dévaste le sens commun de ce que veut dire violoncelliste. J. se demanda « mais à quoi il tourne bordel ? ». Pour finir, cela fait deux fois que j’ai la chance de les savourer, et à chaque fois je redécouvre un petit univers où il fait bon perdre ses oreilles pour quelques heures. Même après quelques jours je classe Nosfell sans hésiter dans le haut du panier.

Pour ceux qui souhaiteraient tenter l’aventure, ils repassent à l’olympia le 23 Mai 2007. Je prends ma place ce week-end.

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